Horrifiées par les vidéos de xnxx, xvideos et d’autres sites à succès, elles rêvent d’un porno « éthique » : « Mums Make Porn »

« Mums Make Porn », la série sur le porno qui émoustille le Royaume-Uni

Une série britannique suit 5 mères de famille qui ont réalisé un film X. Horrifiées par les vidéos des sites à succès, elles rêvent d’un porno « éthique »

Peut-on créer un porno plus « éthique »  ? C’est le pari qu’ont lancé cinq mères de familles britanniques après avoir découvert, horrifiées, la violence de la pornographie moderne. Mums Make Porn (Les mamans font du porno) nous invite à suivre Emma, Sarah, Jane, Anita et Sarah-Louise, parfois accompagnées de leurs adolescents, pendant trois épisodes d’une cinquantaine de minutes chacun. À l’initiative de la chaîne de télévision Channel 4, ces mères veulent réaliser un film pornographique qu’elles n’auraient pas honte de montrer à leurs enfants. Clou de la série : la projection du film dans un cinéma devant des professionnels du secteur ainsi que les familles et amis des participantes. Le programme a d’ailleurs été présenté au festival MIPTV qui s’est tenu ces derniers jours à Cannes.

Si le propos peut paraître léger, il aborde en réalité des questions essentielles : éducation sexuelle, consentement, ou encore représentation de la diversité. Surtout, Mums Make Porn s’inscrit dans un contexte sensible. Le Royaume-Uni est en train de mettre en place le « porn block », un système discuté depuis trois ans, pour mieux contrôler l’accès aux sites pornographiques.

Preuve de l’intérêt pour le sujet, plus de 800 000 spectateurs ont regardé la série, dont le dernier épisode a été diffusé le 3 avril. Le film réalisé par les participantes, intitulé FourPlay, servira d’ailleurs de banc d’essai pour les autorités britanniques : chaque spectateur potentiel devra prouver qu’il est majeur avant d’avoir accès à la vidéo, « à l’aide d’un permis de conduire, d’une carte de crédit ou d’un numéro de téléphone portable », comme l’indique The Daily Mirror.

Dans le premier épisode, les mères doivent d’abord se remettre à la page. Les millions de vidéos pornographiques qui défilent sur les sites de streaming n’ont rien à voir avec les films X d’antan. D’ailleurs, certaines n’en reviennent pas des pratiques actuelles : « Je serais horrifiée si mes filles regardaient ce que j’ai vu aujourd’hui. Ça pourrait me dégoûter du sexe à vie », réagit Sarah, mère de deux adolescentes. « Si mon fils traitait une femme comme ça, je lui botterais le cul », s’insurge encore Sarah-Louise. Des conversations intimes avec leurs adolescents, qui maîtrisent bien plus le sujet que leurs parents, aux scènes de tournage porno hardcore en passant par des rencontres avec des producteurs, acteurs et réalisateurs X, la série a le mérite de ne pas épargner ses participantes. Ce qui peut aussi donner des scènes cocasses, lorsqu’une des participantes, protestante, tourne de l’œil devant un film porno, ou qu’une autre vomit ses tripes sur une scène de tournage. On est bien en Angleterre.

Dilemme entre porno et éthique

La force de Mums Make Porn réside en son sujet, bien plus complexe qu’il n’y paraît. Le porno doit-il ressembler à la réalité ou bénéficier de la liberté de ton d’une fiction, quitte à simuler un viol  ? Car ce qui rapporte de l’argent aujourd’hui, ce sont les films tournés par et pour des hommes. Des films qui ne s’encombrent pas d’esthétique ou de respect du consentement, et c’est justement ce qui frustre nos cinq mères de famille. Quand on sait que la plupart des adolescents européens – garçons comme filles – découvrent le sexe via les sites de streaming porno gratuits (Pornhub, YouPorn, XVideos…), et le trafic que cela génère (350 milliards de vidéos X visionnées chaque année sur les Tubes), la question devient tout de suite plus sérieuse. Et ce ne sont pas les limitations d’âge que n’importe qui peut contourner qui y changeront quelque chose. « Quoi que vous fassiez, vos enfants verront du porno ! » expliquait la réalisatrice française Ovidie, dans une interview au Point.

« Le porno est une éducation sexuelle que vous le vouliez ou non », ajoute la réalisatrice X et féministe, Erika Lust, que les cinq Britanniques vont rencontrer à Barcelone. Ses films, à l’opposé du porno mainstream où la femme sert d’outil pour satisfaire le plaisir de l’homme, prônent une « sexualité féminine positive ». C’est d’ailleurs elle qui aidera les mères de famille à mettre en pratique leurs idées progressistes. Avec le succès à la clé  ? La réalisatrice Erika Lust a accepté de diffuser leur film de douze minutes, Fourplay, sur son site de streaming. Une belle récompense pour nos mères de famille. Et surtout un bon test pour les nouveaux contrôles britanniques sur l’accès au X.

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