Jacqueline Godet : “lutter contre le cancer est l’affaire de tous”

La 24ème édition des Rencontres d’Occitanie se déroulera jeudi 11 avril au siège de La Dépêche du Midi à Toulouse. Jacqueline Godet qui est la première femme à présider La Ligue contre le cancer, sera l’invitée de cet événement. Elle détaillera l’action de cette association créée en 1918 et reviendra sur l’organisation française en matière de lutte contre le cancer qui est diagnostiqué chez 350 000 nouvelles personnes chaque année.

Comment est née la Ligue contre le cancer ?

La Ligue contre le cancer est née en 1918 à la sortie de la première guerre mondiale. La France avec ses alliés, les Etats-Unis et le Royaume-Uni se sont mobilisés sous l’impulsion de Justin Godart alors secrétaire d’Etat aux affaires sociales. Cet humaniste était très frappé par les dégâts du cancer à la fin de la guerre. En 1920, la ligue devient purement française et l’association est reconnue d’utilité publique. Après la seconde guerre mondiale, Justin Godart a incité à la création de comités départementaux. Nous en comptons 103 aujourd’hui dont la plupart ont été créés dans les années 50 et 60.

Que représente votre association aujourd’hui ?

Nous dénombrons 640 000 adhérents et 13 000 bénévoles. Ils peuvent être élus dans les conseils d’administration des comités départementaux ou bénévoles de terrain. Ils s’occupent alors des patients mais aussi du public scolaire. La Ligue est une fédération de ses 103 associations où chaque comité départemental a un statut d’association doit six sont reconnues d’utilité publique comme Paris, le Var, les Côte-d’Or ou assurant des missions d’utilité publique (Moselle, Haut-Rhin et Bas-Rhin).

Comment êtes-vous financé ?

96 % de notre financement provient de la générosité du public. Les ressources proviennent des legs, des dons recueillis tout au long de l’année et notamment lors de l’organisation de multiples manifestations organisées par nos comités départementaux. Nous ne recevons pas de subvention d’Etat. Les 4 % autres proviennent des subventions des collectivités territoriales, surtout les mairies. Au total, nous gérons un budget de 100 M€ et employons 423 salariés dont 105 au siège parisien.

Quelles actions menez-vous dans la lutte contre le cancer ?

Nous menons quatre missions principales : le soutien à la recherche en oncologie, l’accompagnement des malades, les actions de prévention et plus récemment nous sommes porteurs de plaidoyers sur des sujets comme le glyphosate auprès des décideurs politiques ou la pénurie prévisible de test du cancer colorectal auprès des sociétés savantes.

Comment s’organise la lutte contre le cancer en France ?

La Ligue a joué un rôle déterminant lors des états généraux des malades du cancer en 1998. C’est ici que débute l’origine du plan cancer et de l’institut national du cancer. Ce qui est original en France dans la lutte contre le cancer par rapport aux autres pays c’est la succession des plans cancer. Nous en sommes à trois. L’organisation territoriale est aussi puissante puisque nous comptons sept cancéropôles en France. Ils structurent tous les acteurs dans la lutte contre cette maladie : les professionnels de santé qui n’étaient pas jusque-là fédérés, les chercheurs, etc. Les cancéropôles ont joué un rôle déterminant dans la structuration de la lutte contre le cancer. Ce sont des outils très efficaces dans la lutte contre le cancer : leur impact est très positif dans le travail collectif qui n’existe pas pour d’autres pathologies.

À quoi pensez-vous ?

Je pense au plan Alzheimer qui n’a pas eu le même effet d’entraînement que le plan cancer par exemple. Ce qui a fait la différence est la création de l’institut national de lutte contre le cancer qui est une agence de l’Etat. C’est le bras armé de l’Etat ce qui confère beaucoup de vigueur et surtout une traduction opérationnelle à la volonté politique.

Comment se porte la prévalence du cancer ? Assiste-t-on une hausse des cas ?

Nous assistons à une augmentation permanente des cancers sauf en Occitanie où nous notons une légère stabilisation. Le nombre de cas augmente notamment en raison du vieillissement de la population : plus nous vieillissons plus nous avons la malchance de voir la probabilité de survenance d’un cancer augmenter. Nous notons aussi une hausse du nombre de cancer du sein chez les jeunes femmes. Nous cherchons actuellement pourquoi les femmes de moins de 35 ans en sont victimes. Au total, on détecte 350 000 cas de cancers par an en France et nous faisons face à 157 000 décès.

Les traitements font-ils des progrès réguliers ?

En moyenne nous parvenons à soigner 60 % des cancers et même 80 % chez les enfants et les adolescents. Là où les résultats sont les plus difficiles à obtenir ce sont les tumeurs cérébrales chez les enfants ou le cancer du pancréas chez les adultes. Depuis sept ou huit ans, les progrès les plus puissants relèvent dans l’immunothérapie qui consiste à mobiliser le système immunitaire du patient pour lutter contre les cellules cancéreuses. La thérapie ciblée qui permet l’utilisation de médicaments qui reconnaissent les cellules cancéreuses montre aussi une efficacité croissante.

Pourquoi dites vous que tout le monde a un rôle à jouer dans ce combat ?

Nous avons tous un rôle dans la mesure où nous pouvons éviter d’avoir un cancer en changeant notre façon de vivre : tous les citoyens et pas seulement les soignants ou les chercheurs peuvent faire reculer le cancer !

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