« La France fait aujourd’hui partie des pays les moins favorables à l’intégration européenne »

Dans une tribune au « Monde », le politiste Bruno Cautrès analyse les résultats de la dernière enquête d’opinion que réalise la Commission européenne.

Publié aujourd’hui à 03h19 Temps de Lecture 6 min.

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Le rapport des Français à l’intégration européenne a souvent été qualifié d’« ambivalent » : nous serions à la fois majoritairement acquis à ses grands principes et, dans le même temps, soucieux de ses modalités et de ses ­effets sur notre système socio-économique.

Les données d’enquêtes récentes attestent cette position : la dernière ­vague de l’Eurobaromètre (Eurobaro­mètre 90.1, octobre 2018) montre que 68 % des Européens pensent que « leur pays a bénéficié de son appartenance à l’Union européenne (UE) », mais que c’est le cas de 64 % des Français ; 62 % des Européens pensent que l’appartenance de leur pays à l’UE est « une bonne chose », contre seulement 61 % en France. Si d’autres indicateurs font exception, cela ne traduit jamais un soutien très appuyé à une demande d’intégration européenne en France.

Mais alors, où en sont aujourd’hui les Français dans leur rapport à l’UE, à la veille des élections européennes ? Comment nous situons-nous par rapport aux autres Européens ?

Bouleversement

Commençons par remarquer que de très importantes transformations se sont opérées dans la géographie des opinions sur l’Europe depuis quinze à vingt ans. Alors que dans les années 1990 et jusqu’au début des années 2000, on constatait une forte opposition entre des pays très « européens » du Sud et des pays très ou assez négatifs sur l’UE du Nord (Suède, Danemark), la carte des soutiens à l’Europe a été quasi totalement bouleversée aujourd’hui. Une décennie après la crise économique de 2008, plus rien ne ressemble aux données que nous connaissions avant. La cartographie du soutien des Européens à l’UE a été bouleversée en profondeur par les crises économiques et migra­toires que les Etats membres ont traversées depuis une décennie.

On peut mesurer l’ampleur de ce bouleversement grâce à la richesse des données de l’Eurobaromètre, l’enquête d’opinion que réalise la Commission européenne.

Ce travail permet de ne pas s’en remettre à un seul indicateur d’opinion ou deux. En effet, pour bien comprendre les logiques des attitudes des Européens vis-à-vis de l’UE, il faut considérer que celles-ci sont plurielles et qu’elles se situent à différents niveaux d’appréciation : être d’accord avec l’idée, assez répandue, que l’appartenance de son pays à l’UE est plutôt une bonne chose n’est en fait qu’un niveau de soutien très général et diffus à la construction européenne. Grâce à l’Eurobaromètre, on peut réaliser des analyses plus complexes et ­multivariées, qui combinent de très nombreuses mesures d’opinion et d’attitudes vis-à-vis de l’Europe.

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