Porno sur Internet : nouveau recul du gouvernement britannique – xnxx

Le gouvernement britannique envisage de punir les sites porno autorisant l’accès aux moins de 18 ans. La mesure fait hurler les défenseurs des libertés.

Par Ludovic Delory.

Le gouvernement s’installe à pieds joints dans votre vie familiale. Non content de squatter votre assiettevotre garagevotre portefeuille ou votre lit conjugalil compte désormais s’attaquer à ce qui vous est le plus cher : vos enfants.

Vous n’êtes pas parents ? Ceci vous concerne quand même. Car les droits fondamentaux de tout individu libre et responsable font l’objet de ces attaques.

Le porno en cœur de cible

Sous la pression de l’industrie et, surtout, des défenseurs des droits individuels, le gouvernement britannique a reporté l’introduction de son « Porn Block » qui était annoncée pour le début de ce mois d’avril. Un projet controversé, visant à interdire le visionnage des sites pornographiques pour les moins de 18 ans. Les sites ne respectant pas la nouvelle loi étaient passibles d’une amende de 250 000 livres (290 000 euros).

Concrètement, les internautes britanniques souhaitant accéder à un site pornographique devraient matériellement prouver qu’ils ont plus de 18 ans. « Matériellement », cela signifie qu’il ne suffit plus de cliquer sur un bandeau « I’m over 18 ». Le système réclame votre adresse mail et tente de vérifier votre assertion en allant jusqu’à vérifier votre âge par SMS via — s’il le faut — votre carte de crédit ou votre permis de conduire. Des « pass porno » sont même disponibles à l’achat dans certains magasins pour prouver — au gouvernement qui veut votre bien — que vous avez l’âge requis pour visionner une p*pe ou une l*vr*ette.

Le site Wired s’est amusé à relever toutes les raisons pour lesquelles cette idée relevait du mauvais plan. D’abord parce que n’importe quel ressortissant de Sa Majesté peut, avec un VPN simulant une connexion depuis un autre pays, avoir accès aux innombrables sites porno dont fourmille le web. Ensuite, parce que cette interdiction gouvernementale pousse aux comportements parallèles (devenus, par force de loi, illicites). Enfin (et surtout), parce que le gouvernement britannique peut ainsi avoir accès, sans se fouler, à une base de données exhaustive de personnes consultant des sites de po*n.

Vous voyez venir la suite ?

Vos enfants regardent du porno sur le web : qui est responsable ?

L’immixtion subreptice du législateur sur ce thème clivant s’appuie sur des données factuelles. Selon une étude réalisée conjointement par l’université du Middlesex et par la NSPCC — une association caritative de protection des enfants —, 65 % des adolescents de 15-16 ans et 48 % des 11-16 ans ont déjà vu des contenus pornographiques en ligne. 28 % des enfants tomberaient dessus par hasard tandis que 19 % les chercheraient volontairement.

La question centrale, occultée par ce genre d’étude, peut se résumer en quelques mots : qui est responsable de votre enfant ? Vous ? Ou le gouvernement ?

Dans de nombreux cas, le législateur se charge de remplacer les rôles dévolus aux parents dans la sphère privée. De ce postulat s’ensuit une kyrielle d’obligations légales envers votre progéniture, comme celle qui interdit de fumer en voiture en leur présence ou bien encore l’obligation de les attacher sur leur siège. La conception paternaliste de la dignité humaine est désormais coulée dans le bitume de la loi.

Punir l’irresponsabilité

C’est une question rarement débattue : jusqu’où la loi doit-elle intervenir dans le champ de la modernité ? Qu’il s’agisse de la GPA, du port de la burqa, du mariage pour tous, le législateur ne cherche qu’à imposer sa force, sans trouver dans ces débats la seule voie qui vaille : celle de l’autonomie.

En France, le législateur interdit aux mineurs de consulter du porno. Alors qu’ils sont largement en âge d’avoir, légalement, des relations sexuelles. Comme le précise Daniel Borrillo dans son dernier essai :

Si l’on se place du point de vue du consommateur de pornographie, nous constatons d’emblée une contradiction entre les majorités, puisqu’elle est fixée à 15 ans pour la pratique sexuelle et à 18 ans pour visionner un film pornographique. La logique juridique se trouve ainsi entachée d’une incohérence fondamentale : notre société n’autorise pas à voir des choses qu’elle permet cependant de faire.

Le slogan des féministes « mon corps m’appartient » prend tout son sens lorsqu’il s’agit de comparer les pratiques personnelles avec les fenêtres de liberté concédées par l’État. Ce dernier détermine le Bien sans s’arrêter à la frontière qui devrait être sienne, à savoir dire le Juste. L’État paternaliste délimite les choix des individus et se substitue à leur libre-arbitre. Qui plus est, pour des décisions qui ne portent atteinte à personne. Cet interventionnisme se vérifie aussi dans des domaines comme la pénalisation des clients des prostituées ou le harcèlement sexuel.

(…) la société ne peut pas avoir recours à la contrainte pour interférer sur la vie de quelqu’un, contre sa volonté, uniquement en vue de son propre bien ou pour l’empêcher de se nuire.

Se porter tort à soi-mêmepar quelque forme de pornographie, de prostitution, de consommation de drogue ou d’alcool, relève de la liberté individuelle. Au nom de quel principe l’État devrait-il s’imposer sur ces questions ? Les limites fixées par les textes libéraux fondateurs ont aujourd’hui volé en éclats. Et l’histoire nous enseigne que les régimes collectivistes ont voulu, sans exception, écraser les marginaux sous le joug de ce que leurs dirigeants appelaient la « communauté ». « La souveraineté de l’Étatrappelle Pierre Lemieux, consacre le droit des États de disposer de leurs ressortissants« . L’étape est accomplie : des individus que vous n’avez sûrement jamais croisé dans votre vie décident, à votre place, de votre vie.

Affirmer son destin biologique, sa sexualité, son anti-conformisme, s’inscrit aujourd’hui dans les combats qu’aucun individu, dans une société digne et libre, n’aurait eu à porter. Dans ce monde libre, ni la GPAni le suicide assisténi la prostitution n’auraient dû faire l’objet d’un débat politique. Le consentement et la perception ferme et naturelle de la propriété de soi auraient suffi à régler tous les éventuels conflits éthiques.

Aujourd’hui, disposer de son corps constitue l’acte politique par excellence. Affirmer son libre-arbitre, en réponse aux attaques permanentes dont se rendent coupables les législateurs, les « bien-pensants » ou tout ce qu’on regroupe sous le nom de « société », devient un acte de rébellion. C’est à la fois stimulant et inquiétant. L’accès aux vidéos pornographiques ne devrait relever que de la responsabilité des individus. Pas du gouvernement.

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